Comment les Pays-Bas sont ce qu'ils sont
À l'orée des années 1970 et à l'instar des autres pays occidentaux, les Pays-Bas assistaient à la mainmise progressive du tout-voiture sur leur vie quotidienne. Cela ne s'est pas fait sans douleur: des milliers de piétons et cyclistes étaient tués dans des accidents de la route chaque année, dont des centaines d'enfants.
Endeuillé par la mort de sa fille, un journaliste du sud du pays des polders s'est armé de sa machine à écrire pour dénoncer le massacre tranquille des êtres humains, sacrifiés sur l'autel du tout-à-l'auto. Le nom du premier article: "Stop de kindermoord", "Arrêtez le massacre des enfants" en français. Dans ses tribunes, le journaliste voulait tout d'abord exiger des autorités qu'elles fournissent des autobus pour que les enfants puissent aller à l'école sans risquer leur vie.
C'est sans compter sur les militant·es hollandais, qui ont fait pousser la réflexion plus loin que les moteurs des autobus scolaires. Pourquoi ne pas imaginer un urbanisme sans autos, où piétons et cyclistes, celles et ceux qui font vivre la ville, sont les rois et les reines? Les manifs locales se sont vite transformées en débat national, sur fond de crise pétrolière: les Hollandais ont commencé à renouer avec la petite reine.
Peu à peu, le mouvement a grandi et s'est constitué en association — tutoyant du même coup les décideurs hollandais, pressés à un changement radical de leur façon de construire la ville.
En effet, au-delà des petites victoires (un dos-d'âne par-ci, une chicane par-là, sans oublier les ti-coups de peinture ailleurs), les militant·es ont vu grand et exigeaient d'arracher pour toujours la mauvaise herbe qu'est l'urbanisme centré sur l'automobile.
Aujourd'hui, les Pays-Bas sont un des pays avec les meilleures infrastructures cyclables du monde, accompagnées d'un système de transport public efficace, rapide et couvrant tout le pays. Si tu veux pas y aller en bicycle… tu peux toujours y aller à pied!
Notre histoire reste encore à écrire — unissons-nous!
La Petite histoire du vélo à Montréal, ouvrage écrit par Simon Lord sorti au début de ce mois de mai 2026 nous montre que nos infrastructures viennent de loin, mais qu'elles n'ont pas apparu sans heurts.
Oui, Montréal est la ville la plus cyclable du monde (si on exclut l'Europe); on a fait ben du chemin depuis les cyclodrames du Monde à Bicyclette dans les années 70 et 80.
Mais à l'heure de la nouvelle administration qui sera sûrement stationnée sur nos pistes cyclables pendant encore quelques années, notre rôle à jouer sera double.
Tout d'abord, mon invitation est simple: ne lâchons rien. Selon vos capacités, votre énergie et votre rage: rejoignez-nous. Venez aux Masses critiques et aux autres manifs ponctuelles; informez-vous auprès des médias traditionnels et de vos militant·es préférés; prenez part à notre démocratie très imparfaite; exigez des parkings à vélo devant votre commerce préféré; exigez beaucoup.
Enfin, et non des moindres, il nous faudra nous serrer les coudes. L'amour de nos bicycles doit percoler dans nos actions quotidiennes: aidez ce camarade perdu dans le trafic du REV St-Denis; ne rougissez pas en disant que vous faites du vélo d'hiver; prenez du temps pour apprendre à vos enfants à faire du vélo dans notre belle métropole.
Face à ce temporaire recul de l'histoire, rouler ensemble au-delà de nos différences est la clé. Il y a déjà 50 ans, notre groupe militant local le Monde à bicyclette a marqué l'histoire montréalaise du vélo en restant ensemble.
Si vous voulez commencer à quelque part, procurez-vous le nouveau livre de Simon Lord dans votre librairie indépendante… avant de vous coucher, lisez-le. Vous rêverez peut-être de vélorution.
L'amour et la joie que nous procurent nos vélos et notre communauté doit devenir votre moteur pour le changement. Sur une note personnelle:; je sais qu'on a le potentiel d'écrire des belles pages d'histoire montréalaise ensemble en selle.
Vive Montréal à vélo!
Vive la vélorution montréalaise!
